Archives par mot-clé : Hyménoptères (Abeilles/Guêpes/Bourdons/Frelons/Fourmis)

article traitant de fourmis

Abeilles sauvages : Bilan des connaissances & actions de l’ADEP, 2010-2020

Cette note tente de restituer les connaissances acquises en Picardie sur les abeilles sauvages au cours d’une décennie. Les prospections entomologiques ont ciblé des espaces ruraux, des espaces dit naturels et des marges d’agglomérations. La pression d’observation est restée modeste avec une couverture disparate du territoire picard. Les résultats sont exposés en fonction d’une catégorie simplifiée de milieux et en fonction d’un découpage géographique flou. Au-delà d’une classique contribution à la connaissance d’un groupe d’insectes, j’ai souhaité valoriser au mieux les spécimens récoltés, le travail du naturaliste ainsi que l’implication de l’association. Cette note coïncide avec l’achèvement du Plan National d’Actions en faveur des pollinisateurs sauvages. La curiosité du vivant, le plaisir d’herboriser, la chaleur et la lumière des belles saisons sont restés les facteurs déterminants de motivation.

Version haute définition sur simple demande auprès du secrétariat.

Polyergus rufescens (Latreille, 1798) découverte dans l’ Aisne (02).

Voici un très belle découverte pour notre région. C’est dans un piège Barber installé par Nicolas Vansteene sur un coteau calcaire de l’Aisne que fût découverte cette espèce esclavagiste (obligatoire) rare et bien connue par les Myrmécologues.

Ses mandibules en forme de « sabre » et sa taille sont des critères qui ne permettent aucune confusion avec d’autres fourmis.

Polyergus rufescens (Latreille, 1798) Photo : L Colindre

Cette pilleuse de couvain d’autres espèces (Serviformica), effectue régulièrement des « raids » pour ravitailler en main d’œuvre son propre nid. Ses mandibules ne lui permettant pas de se nourrir seule, elle doit être nourrie par trophallaxie.

Nous reviendrons sur les particularités de l’espèce dans un prochain bulletin de l’ADEP.

Elle devient la 59ième espèce répertoriée dans les Hauts-de-France.

Bravo Nicolas !

Abeilles sauvages en Thiérache : recueil de connaissances (2014-2020)

Ce document sur les abeilles sauvages a pour objectif de valoriser les observations recueillies au cours de rencontres collaboratives entre l’ADEP et le CPIE de l’Aisne et en y ajoutant des données personnelles et partagées de Guénael Hallart.

L’objectif étant d’améliorer nos connaissances des arthropodes notamment dans le Nord de l’Aisne.

Bombus hypnorum Photo LC.

Diversité des abeilles sauvages, Parc naturel régional, Oise – Pays de France.

Le Parc naturel régional Oise – Pays de France en partenariat avec l’ADEP ont contribué au Plan National d’Action (PNA) France, terre de pollinisateurs pour la préservation des abeilles et des insectes pollinisateurs sauvages en mettant en œuvre différentes actions : 

– Réalisation d’inventaires des abeilles sauvages dans des espaces verts communaux, des sites sportifs et dans des sites naturels,

– Organisation de formations, conférences, visites pour différents publics (élus et agents communaux, correspondants Parc, habitants…), 

– Élaboration de fiches techniques, – Production d’outils de communication (plaquette, brochure…).

Comportement chez le frelon asiatique (Vespa velutina Lepeletier, 1836)

Observation des 18 et 19 juillet 2018

Je savais Vespa velutina (Le frelon asiatique) présent dans le département de l‘Oise depuis plus d’un an mais je ne l’avais pas encore vue chez moi avant cette année. Alors que je préparais un morceau de jardin, j’ai observé un  comportement intéressant concernant sa prédation sur les abeilles. En effet, à côté de la terre que je travaillais, il y avait un grand plan de cucurbitacées, courges et potirons surtout, avec leurs grandes fleurs jaunes (photo ci-dessous) :

Photo : Régis Boulanger.

Les frelons asiatiques volettent assez rapidement au-dessus de ces plantes et plongent dans leurs  grandes fleurs jaunes si un apidae y butine, et s’il s’agit d’un bourdon, le frelon ressort aussitôt et continue sa quête mais si c’est une abeille, acculée et coincée dans le fond étroit de la fleur, elle ressort dans les mâchoires du prédateur qui s’envole. Certes  un peu lourdement mais sans aucun problème. J’ai constaté cela sur deux jours soit en tout trois fois, uniquement le matin avant 11 heures. Hasard !

Est-ce  une spécialisation locale ou un comportement acquis  pour ce vespidae ?

Nota : si la fleur est vide, le frelon passe son chemin sans même marquer un ralentissement, il peut visiter l’ensemble des 15 m² de plans en quelques minutes.

Frelon asiatique (Vespa vetulina), Photo : Dominique MESSIN.

Je n’y ai pas vue de prédation, mais j’ai constaté en un autre endroit du jardin : au-dessus des concombres et cornichons très visités par les abeilles mais dont les fleurs bien plus petites ne permettent pas le même comportement.

Pourquoi le matin ?  Peut-être à cause de la température, car les abeilles eux, travaillent toute la journée !

D’autres part, ces frelons sont présent autour les fleurs des lierres ou butinent beaucoup d’abeilles et les attrapent toute la journée !

Les guêpes 2020

On entend beaucoup parler des guêpes en cette année si particulière. On entend beaucoup de choses sur elles, parfois vraies, souvent fausses…

Un article de presse très intéressant paru dans « 20 minutes » intitulé : Prolifération de guêpes : « Le confinement n’a rien à voir, et l’hiver doux pas beaucoup plus ». tire au claire les particularités par la voix de Quentin Rome, entomologiste au Museum National d’Histoire Naturelle :

http://www.20minutes.fr/article/2845439/api-rss

Vespula germanica (Fabricius, 1793) Photo : LC

Pièges à frelons, attention aux amalgames !

Dans la revue de l’ARC (Agglomération de la Région de Compiègne) bulletin annuel 2020 est paru un encart page 27 : Notons la distribution de 2000 pièges à frelons asiatiques. Nous voulions revenir sur ce point. Un article très instructif réalisé dernièrement et paru dans le dernier bulletin de l’ADEP, nous apprend que sur 365 arthropodes piégés, on comptait seulement 16 frelons asiatiques ! Je vous laisse donc le soin de multiplier ces chiffres par 2000… La lutte contre le frelon asiatique ne doit pas faire oublier que bien d’autres insectes pollinisateurs sont sacrifiés (158 hyménoptères, 126 diptères etc) prouvant que l’alcool n’éloigne pas les abeilles….Il n’est donc pas nécessaire de faire plus de mal et déconseillé de pratiquer ce piégeage.

Aproceros leucopoda Takeuchi, 1939, la Tenthrède zigzag

(Hymenoptera, Symphyta, Tenthredinoidae, Argidae)

Originaire d’Asie, l’espèce s’est rapidement répandue en Europe de l’Est dès 2003 (Bull. SV, 2018) : Hongrie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Ukraine, Serbie, etc. et maintenant l’Europe de l’Ouest : Italie, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Belgique (en 2013), France dès 2017 (Legrand, 2017).

La première donnée confirmée dans l’Oise nous provient de notre collègue J.-L. Hercent à Villers St Paul (Oise, 60) en 2018, puis l’espèce est redécouverte cette année par M. T’Flachebba toujours dans l’Oise.

En Italie, les études démontrent que le transport routier est bien l’une des principales causes de dispersion rapide de l’insecte dans le pays. Des ormes défoliés ont été observés dans les zones de stationnement d’autoroute où les véhicules (voitures et camions) s’arrêtent souvent en transit en provenance d’Europe centrale (Zandigiacomo et al, 2011).

Imago.  Cliché : Thomas Legrand, photo sous licence CC BY NC

L’espèce est multivoltine et produit probablement au moins quatre générations par an.  Sa reproduction est donc rapide et les larves sont nombreuses (Zandigiacomo et al, 2011). Ces dernières, exclusivement phytophages, s’attaquent aux populations d’ormes (Ulmus).

Larve. Stephan M. Blank (2009) photo sous licence CC BY SA 3.0 

La graphiose de l’orme qui a atteint l’Europe depuis les années 70 a déjà éliminé une grande partie des ormes adultes. Nul doute que les jeunes populations subsistantes d’ormes lisses ou blancs (Ulmus laevis Pall., 1784) et d’ormes champêtres (Ulmus minor Mill., 1768) encore présentes dans nos régions, n’avaient pas besoin de ça…

Le « zig-zag » d’où est tiré le nom vernaculaire, évoque les dessins caractéristiques que réalisent les larves (= fausses chenilles) en s’alimentant (cf. photo ci-dessous).

Cliché de Mathieu T’Flachebba

Ci-dessus, détail de la photo sous contraste qui permet de mieux voir la forme caractéristique de la découpe.

Il s’agit d’un insecte que nous pouvons facilement identifier lors de nos inventaires du moins au stade larvaire. A ce jour, les informations sur sa dispersion sont fragmentaires et nous ne connaissons pas encore l’impact de cet hyménoptère invasif sur les ormes. L’espèce est saisissable dans la banque de données ClicNat, ce qui permettra rapidement de mieux appréhender le phénomène.

A suivre…

Remerciements à Mathieu T’Flachebba pour l’utilisation de sa photo.

Bibliographie et sites internet :

ZANDIGIACOMO P, CARGNUS E, VILLANI A. (2011) – First record of the invasive sawfly Aproceros leucopoda infesting elms in Italy. Bulletin de Insectology 64 ( 1): 145-149.

LEGRAND T, (2017) – Nouvelle espèce invasive pour la France, La Tenthrède zigzag de l’orme AprocerosleucopodaTakeuchi, 1939 (Hymenoptera, Tenthredinoidea, Argidae). Bulletin de la Société Entomologique du Nord de la France, n°365 –4ème trimestre 2017, pp. 10-12

BSV Jardins et espaces verts, Hauts-de-France (2018). La Tenthrède zigzag de l’orme présente en France. Lettre N°3. Site : http://draaf.hauts-de-france.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/BSV_JEV_HdeF_no3_cle49a891.pdf

Lien ClicNat de l’espèce : http://www.clicnat.fr/?page=fiche&id=12545

Nous avons besoin de vous ! Inventaire participatif « abeille sauvage »

L’ADEP lance un appel à tous les passionnés, les entomologistes ou tout simplement les observateurs citoyens de Picardie à rechercher une abeille sauvage en déclin : l’Andrène de la Knautie, Andrena hattorfiana (Fabricius, 1775).

Vous trouverez en cliquant sur ce lien toutes les informations pour identifier facilement l’insecte ainsi que la procédure pour transmettre vos observations :

Photo : Emmanuel Vidal

En attendant le retour du printemps, nous vous remercions par avance pour votre participation !

Les Ammophiles (Hymenoptera, Ammophilinae)

 

Les Ammophilinae sont des Hyménoptères apocrites de la famille des Sphecidae. L’insecte ne passe pas inaperçu car sa forme fuselée, sa « taille de guêpe », ses couleurs vives (rouge et noir) sont caractéristiques. Les ammophiles sont d’une taille modeste : entre 12 et 35 mm, les femelles étant plus grandes que les mâles. Il existe environ 200 espècesdécrites dans le monde.

En France, moins de 10 espèces sont connues (Bitsch et al., 1997) :

  • Ammophila campestris (partout en France)
  • Ammophila heydeni heydeni (moitié sud de la France et Bretagne)
  • Ammophila heydeni rubriventris (ssp Corse uniquement)
  • Ammophila hungarica (Sud et Est de la France)
  • Ammophila laevicollis (Pourtour méditerranéen)
  • Ammophila modesta (Sud)
  • Ammophila pubescens (Partout en France mais observations sporadiques Nord/Sud). Belgique.
  • Ammophila sabulosa (partout en France)
  • Ammophila terminata (Ouest, Méditerranée, Est mais identifié sur Paris).

La base ClicNat (http://www.clicnat.fr/?page=fiche&id=11907) propose sur son site uniquement Ammophila sabulosa, l’espèce certainement la plus communément rencontrée.

A moins que cette dernière espèce ne soit tout simplement confondue avec d’autres : A. sabulosa, A. campestris, A. pubesens, A. terminata (espèces aux pattes noires) et A. heyderi (espèce à pattes rouges) sont donc potentiellement observables dans notre périmètre. Outre la couleur des pattes, la coloration du tergite n°3 et la forme de la 3ème cellule cubitale sont des critères complémentaires. Il reste cependant compliqué d’en tirer une simple conclusion sur photo (C. Villemant, com. pers. 2018).

Pour rencontrer l’adulte (phytophage) il faut scruter les fleurs de thym, scabieuses, centaurées. La période de vol la plus propice : juin à septembre.

L’espèce est surtout connue par sa biologie : elle accumule des chenilles paralysées dans son nid qu’elle creuse au sol, pond un œuf, puis rebouche l’entrée parfois en utilisant un caillou pour damer le sol à ce niveau. Jean-Henri Fabre a beaucoup écrit à ce sujet. La larve va s’alimenter de la chenille paralysée mais encore vivante. Les proies sont habituellement composées de chenilles, d’Hétérocères, d’Hesperidés et de Tentrèdes.

Afin de décrire ce comportement dont j’ai été le témoin cet été, je vous propose de le faire en image. L’insecte est farouche mais avec un peu de patience, l’Ammophile (ayant trouvé sa proie), revient vite sur les lieux de son méfait, observe, repart puis revient à nouveau.

 

L’insecte emporte la proie paralysée bien plus grosse que lui.

Positionnement de la chenille « ventre en l’air », face à la loge.

La proie est tirée au fond.

L’Ammophile rebouche consciencieusement la loge.

ni vu, ni connu… le cycle peut (re)commencer.

 

Bibliographie :

Bitsch, J. & J. Leclercq. 1993. Faune de France 79. Hyménoptères Sphecidae d’Europe Occidentale, volume I. Fédération Française des Sociétés de Sciences Naturelles, Paris, 325 pp.

Bitsch, J., Y. Barbier, S.F.Gayubo, K. Schmidt & M. Ohl. 1997. Faune de France. Hyménoptères Sphecidae d’Europe Occidentale, volume II. Fédération Française des Sociétés de Sciences Naturelles, Paris 1997. 429 pp., 76 planches, 154 cartes.

Fabre, J-H. Souvenirs entomologiques , Etude sur l’Instinct et les Mœurs des Insectes, Tome 2 réédition Sciences nat, 1986.