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Souvenirs de Guyane : quatrième voyage entomologique, l’arrivée en forêt pour la première nuit.

Photo : R.B.

Il est déjà presque 17 h en cette journée du 10 avril 2011. Nous arrivons à l’entrée du PK 32 sur la route de Kaw. Déjà, nous avons derrière nous les longs préparatifs en métropole, les presque neuf heures d’avion, l’arrivée au-dessus de la forêt, moment magique de voir cette immensité verte avec des bouquets d’arbres fleuris. L’atterrissage toujours angoissant et les procédures de débarquement. Location de voiture, pas toujours simple en Guyane! Quelques courses à l’hyper du coin  et enfin, la très mauvaise route étroite et tortueuse depuis Roura. Mais nous voulons être opérationnels pour cette première nuit au drap. En cet endroit, nous avons fait quelques années précédentes des chasses de nuit riches et prenantes.

Nous nous engageons sur la piste. J’avais souvenir d’un espace ouvert ou volaient quantité de papillons dont les merveilleux Morpho et les fascinantes Héliconides mais les arbres se rejoignent maintenant faisant une voute sombre sur les trois quart de la longueur. La végétation racle la carrosserie de la camionnette. J’ai peine à reconnaitre l’endroit mais quelques topographies du terrain et autres indices m’indiquent que nous sommes sur la bonne piste. Enfin, au bout de quelques kilomètres périlleux à cause des grosses branches tombées et des ornières quelquefois profondes ou l’eau ravine, nous entrons dans la « queue de carpe », du moins ce qu’il en reste. Cet espace découvert formant un demi-rond au bout des pistes, créé pour les chargements et manœuvres des camions de grumes mesurait cinquante mètres de diamètre il y a encore quatre ans, il est réduit de moitié par la végétation qui reprend ses droits et des bouquets d’arbustes ont poussé en son centre de-ci de-là. Nous arrêtons le bruyant diesel de notre véhicule. Quel calme !

Photo : R.B.

Après quelque minutes d’adaptation, nous entendons les bruits et cris des animaux, insectes et batraciens surtout. Puis, à espaces réguliers, le cri typique et perçant du piauhau hurleur ou paypayo comme le nomme les autochtones. Il nous rappelle que nous sommes en forêt amazonienne. Pour moi, l’oiseau nous souhaite la bienvenue ! C’est à cet instant que commence vraiment mon séjour

Je repère deux gros rondins de bois, vestige du bucheronnage et qui ont servi jadis de sièges ou de tables. Comme à mon habitude, et comme je le fais  en bord de mer avec les rochers, même si ce n’est pas bien, je veux retourner ces morceaux. J’interpelle mes trois compères. Préparez-vous à attraper un lézard, scorpions ou autres pour les photos en faisant attention aux éventuels serpents !

Sous le premier, rien. Mais sous le second, un énorme ver de terre au frais. Sans hésitation je saisi le lombric mais il commence à rentrer dans un trou avec une force incroyable. Je peine à le retenir et cela dure de longues minutes avant qu’il ne relâche son effort. Enfin je peux le prendre en mains pour la photo, ce spécimen mesure pas loin d’un mètre quand il n’est pas contracté, mais il parait qu’il y en a encore de plus grands !  Au bout de quelques minutes, je le relâche et remets le morceau de bois en place.

Nous déployons le drap de chasse et allumons les lampes, il est dix-huit heures quinze, c’est déjà les prémices du crépuscule. Dans un quart d’heure, les ténèbres seront maitres des lieux.  Nous nous installons le plus confortablement possible pour les douze heures que dure la nuit à cette latitude tropicale et à la lumière du piège nous préparons un diner spartiate, Ti’ punch et cassoulet  froid ! Déjà quelques papillons et deux coléoptères  parsèment le drap blanc…. La nuit sera longue….et presque trois semaines d’aventures nous attendent !

Guyane, je t’aime

Souvenirs de Guyane- Janvier / février 2006 Premier voyage entomologique, marche en forêt

Lors de ce premier voyage très pluvieux, « Il n’a plu qu’une fois mais pendant trois semaines » comme l’a dit en plaisantant mon ami André, il était impossible de chasser certains jours. Il fallait donc trouver d’autres occupations. C’est ainsi que pendant une discussion autour de l’incontournable ti ’punch en soirée, Francis, l’ancien responsable du musée de la nature aux Pripri de Yiyi  nous a invité  à une longue excursion en forêt sur une grande propriété de plusieurs hectares lui appartenant.

Rendez-vous est pris tôt ce matin du trois février, nous partons à pied sous la pluie non sans être muni d’imperméables qui au final se révèleront plus encombrants qu’utiles

Comme dans les films de Tarzan visionnés dans ma jeunesse,  Francis ouvre la route à coups de sabre d’abattis et la colonne des sept aventuriers que nous sommes suit avec un espace de un à deux mètres entre chaque. Je ferme la marche ! Le terrain est accidenté et l’eau ravine la latérite du layon, c’est glissant d’autant que la pluie ne cesse pas. Des gros arbres tombés nous obligent à les contourner et pour certains à des escalades aventureuses voir dangereuses pour les franchir. Impossible de ne pas tomber de temps à autres. C’est éprouvant, d’autant qu’il ne faut absolument pas essayer de se raccrocher à la végétation environnante, certain troncs ou feuilles coupent comme des rasoirs, sans parler des épines, à croire que le bon dieu s’est débarrassé ici de ses boites d’épingles à la fin des six jours de la création du monde !

Parfois une crique plus ou moins large ou profonde nous barre la route, il nous faut chercher un passage, un gué, un tronc pour traverser et à plusieurs reprises, nous tournons en rond, nous revenons sur nos pas, tant  par endroit la configuration du terrain partiellement inondé forme des méandres ou des îles plus ou moins formées

La « jungle » de Francis est belle, la vraie forêt tropicale verte et luxuriante. Mais l’allure de la marche va trop vite car je voudrai collecter de-ci delà une bestiole sans perdre mes compagnons  de vue. Dès qu’un rayon de soleil perce les nuages, les insectes apparaissent. Là, dans une trouée, sur ma droite, à moins de trois mètres, une grosse Pepsis est posée sur le sable mais la végétation dense m’interdit même un écart, encore moins d’essayer sans risque d’attraper ce prédateur des mygales.

Pepsis attaquant une Mygale : Coll & photo : Régis Boulanger

Soudain, nous entendons un bruit inquiétant, surtout pour moi, allergique aux guêpes ! Un essaim d’hyménoptères, je reste un peu en recul, mais Francis nous rassure, pas de danger, ce sont des « taons-lézard » dit–il ! Effectivement, nous traversons la  zone ouverte ou volent des milliers de ces insectes, mais aucun ne nous agressent. En fait c’est plutôt une colonie et c’est la terre sableuse présente en cet endroit qui est la cause de ce rassemblement, ils y ont tous un terrier, leur nid individuel. Ils auraient la réputation de protéger l’homme en chassant les moustiques. Je décide d’en collecter quelque uns pour ma collection mais le terme taon, m’induit en erreur car je saisie un premier spécimen à pleine main et…. je me fais piquer … sans réaction allergique, heureusement ! En fait ce ne sont pas des taons (diptères) mais bien des hyménoptères comme les quatre ailes en témoignent. Il s’agit de Monedula signata (Bembicinae).

Nous arrivons à un endroit curieux où se sont formés des trous ronds dans la roche qui constitue le sol (photo ci-dessus). Ils sont plus ou moins profonds, remplis et recouvert de lentilles d’eau. Certain ne mesurent que quelques dizaines de centimètres de diamètre, mais d’autres dépassent largement un mètre. Un grand manche d’épuisette n’atteint pas le fond, mystère géologique ! Nos deux chasseurs de coléoptères aquatiques Pierre et Daniel se mettent à l’œuvre pour trouver la bête rare dans ces cuvettes naturelles. J’en profite pour chasser aux alentours. Je collecte entre autres des jolis petits fulgores Lystra pulverulenta (Olivier, 1791) avec des prolongations de cire blanche terminant leurs abdomens et je ne manque pas de récupérer dans les coups de troubleau des deux spécialistes ci-dessus nommés des grosses ranatres et des impressionnantes punaises aquatiques de la famille des Belostomatidae.

Lystra pulverulenta (Olivier, 1791) Coll. & photo : Régis Boulanger

Pour revenir au imperméables, certes ils protègent efficacement de la pluie, mais avec la température et la sueur, nous sommes autant trempés et de plus…. on crève de chaud ! Le mieux est encore de se laisser mouiller par la pluie qui au final sèche très vite. Cette balade à durée cinq bonnes heures et nous rentrons sur les genoux.

Gérard notre hôte et déjà revenu de son boulot, la bouteille de rhum et des petits citrons verts trônent sur la table, la fin de journée sera longue et riche des histoires de tout un chacun…..

Merci Francis

Comportement chez le frelon asiatique (Vespa velutina Lepeletier, 1836)

Observation des 18 et 19 juillet 2018

Je savais Vespa velutina (Le frelon asiatique) présent dans le département de l‘Oise depuis plus d’un an mais je ne l’avais pas encore vue chez moi avant cette année. Alors que je préparais un morceau de jardin, j’ai observé un  comportement intéressant concernant sa prédation sur les abeilles. En effet, à côté de la terre que je travaillais, il y avait un grand plan de cucurbitacées, courges et potirons surtout, avec leurs grandes fleurs jaunes (photo ci-dessous) :

Photo : Régis Boulanger.

Les frelons asiatiques volettent assez rapidement au-dessus de ces plantes et plongent dans leurs  grandes fleurs jaunes si un apidae y butine, et s’il s’agit d’un bourdon, le frelon ressort aussitôt et continue sa quête mais si c’est une abeille, acculée et coincée dans le fond étroit de la fleur, elle ressort dans les mâchoires du prédateur qui s’envole. Certes  un peu lourdement mais sans aucun problème. J’ai constaté cela sur deux jours soit en tout trois fois, uniquement le matin avant 11 heures. Hasard !

Est-ce  une spécialisation locale ou un comportement acquis  pour ce vespidae ?

Nota : si la fleur est vide, le frelon passe son chemin sans même marquer un ralentissement, il peut visiter l’ensemble des 15 m² de plans en quelques minutes.

Frelon asiatique (Vespa vetulina), Photo : Dominique MESSIN.

Je n’y ai pas vue de prédation, mais j’ai constaté en un autre endroit du jardin : au-dessus des concombres et cornichons très visités par les abeilles mais dont les fleurs bien plus petites ne permettent pas le même comportement.

Pourquoi le matin ?  Peut-être à cause de la température, car les abeilles eux, travaillent toute la journée !

D’autres part, ces frelons sont présent autour les fleurs des lierres ou butinent beaucoup d’abeilles et les attrapent toute la journée !

Souvenirs de Guyane : Partie 1

Octobre 2017, Les morpho (suivi du chant du Paypayo)

Nous sommes au Pk 48, piste prenant naissance sur la toute de Kaw. Il est onze heures en ce lundi vingt-trois octobre et le soleil commence à peser. Nous chassons les papillons depuis l’aube, avec une nuit au drap de chasse derrière nous.  Mon ami Gilles et mon fils traquent uniquement les splendides Morpho.

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Morpho hecuba Didier Descouens – Own work sous licence CC BY-SA 4.0

Positionné en bordure de piste, je vois de loin arriver un grand planeur (Morpho hecuba). Il est encore à plus de cinquante mètres et Gilles est placé entre moi et le lépidoptère. Mon complice l’aperçoit et commence alors un jeu de duperie fantastique. Mon ami est venu avec toute une série de leurres qu’il a fabriqués en métropole, il s’agit de faux papillons en plaquette de bois recouvert de divers papiers colorés bleu électrique et d’autres matières, toile des ballons de baudruche par exemple. Mais ce qui parait être à l’image des canards en bois, pour certains taillés grossièrement et utilisés par les chasseurs de gibiers d’eau. Le matériel de Gilles est savamment élaboré, il y en a pour toutes les sortes de Morpho et même des différents pour certaine espèce en fonction de l’heure et du comportement de l’insecte. J’ai moi aussi déjà attrapé quelques Morpho rhetenor ou  menelaus avec des faux papillons en carton bleu, mais il devait s’agir de spécimens suicidaires! Revenons à cet hecuba, il arrive maintenant à dix pas de Gilles et à environ cinq mètres de haut et ne semble aucunement sensible aux agissements de mon ami qui fait, il me parait, des demi-moulinets horizontales avec son leurre, l’épuisette dans l’autre main. Le papillon s’avère ne manifester aucun intérêt à ce qui devrait être pour lui un mâle concurrent, il donne un coup d’aile de temps à autre pour maintenir son vol plané et décroche d’un petit mètre de temps en temps pour enfin revenir à sa hauteur de croisière, il passe au-dessus de mon ami et se rapproche de moi. A cette hauteur, je ne peux même pas espérer tenter un coup de filet. Je reste immobile à regarder ce splendide papillon. Gilles n’a pas dit son dernier mot et change de leurre, il se rapproche de moi et agite maintenant l’engin en faisant des mouvements différents et plus amples. Soudain, alors que le lépidoptère est juste à ma hauteur, il décroche de deux mètres en faisant  demi-tour et fonce droit sur Gilles. Un majestueux et ample coup de filet et hop ! Le papillon est pris. Le jeu a duré presque dix minutes et j’aurai parié que ce Morpho continuerait son chemin. On pourra toujours dire que c’est la chance, le hasard, mais Gilles m’en fera plusieurs fois l’expérience. Il maitrise à merveille ce que je considère comme un art… similaire à la tauromachie d’une certaine façon.

Description de cette image, également commentée ci-après
Morpho rhetenor rhetenor – Face dorsale Didier Descouens sous licence CC BY-SA 4.0

Les matins au lever du jour, c’est le Morpho eugenia qui ne vole qu’un quart d’heure, qui est l’objet de nos attentions. Ensuite au fur et à mesure que la journée s’écoule, les espèces se succèdent l’une après l’autres. Nous sommes depuis plus d’une semaine en Guyane, et Gilles tente d’apprendre cet art à mon fils. Deux jours plus tard, alors que le soleil joue à cache-cache avec les nuages, lors des éclaircies, Florent se démène sur la piste pour essayer de faire descendre des Morpho assez abondant en cette deuxième partie de matinée, ce sont cette fois des rhetenor. Il agite son leurre un peu de façon désordonné il me semble et surtout je croie de façon trop ample, mais plusieurs papillons sont déjà venus à lui. Soudain un  volontaire lui descend droit dessus. Florent rate son coup et trébuche, le Morpho fait demi-tour et attaque mon fils par derrière,  Il lui frôle le chapeau. Florent, excédé par la bravoure de l’insecte, le poursuit à la course, mais rapide, le papillon gagnera cette fois la partie.

Vers la fin du séjour, Florent est plus aguerri. Il ne lâche pas Gilles de la journée et les deux compères se font un plaisir immense. Florent aura passé un merveilleux séjour et sans exceller dans la pratique autant que Gilles, ses résultats n’en sont pas moins respectables.

Merci Gilles pour ces moments de ravissement donnés à mon fils.

Le chant du Paypayo

Le puissant chant de cet oiseau mythique des forêts tropicales amazoniennes et plus particulièrement pour ma part de Guyane française, est comme un signe de ralliement, mon chant des sirènes ! Il me manque de l’entendre (au point que je l‘ai mis quelques temps en sonnerie de mon portable). Mais, au-delà du chant très spécifique de cet oiseau, je crois que c’est l’appel de la Guyane qui soit pour moi le véritable attrait de cette mélodie de quelques notes que l’on n’oublie pas.

Appelé Paypayo par les autochtones, son nom vernaculaire est le Piauhau hurleur et Lipaugus vociferans pour son nom latin, c’est un  petit oiseau gris de 25 à 28 cm de l’ordre des Passeriformes et de la famille des Cotingidae qui regroupent aussi les Cop-de-roche, les Cotinga et plus de soixante espèces d’autres oiseaux plus ou moins colorés.

Lipaugus vociferans - Screaming Piha; Manaus, Amazonas, Brazil.jpg
Piauhau hurleur (Lipaugus vociferans) Hector Bottai – Own work photo sous licence CC BY-SA 4.0
chant de l’oiseau : XC105496 · Piauhau hurleur · Lipaugus vociferans, sous licence CC Patrick INGREMEAU

Il chante haut dans la  futaie, et lors de mes séjours dans ce département français, muni de jumelles et d’un appareil photo, malgré plusieurs approches silencieuses difficiles et parfois longues car il s’entend de loin, je n’ai jamais eu la chance de le voir étant même parfois au-dessous de son perchoir. Il faut dire que la végétation luxuriante annule presque tout espoir de l’apercevoir dans les frondaisons.

Parfois, deux ou trois mâles dans un même secteur jouent de concert et se répondent à espaces réguliers. Mais, bien que perçants et atypiques, ces cris ne sont pas dérangeants. Le matin, ils attendent que le soleil inonde la forêt et que l’air se réchauffe avant de lancer les premiers cris, bien après les toucans, qui eux, à peine le jour levé, se régalent bruyamment des baies de wassei ou palmiers açaï

J’ai hâte de mon prochain rendez-vous avec cet oiseau….

A Gérard, Michel, Jean-Bernard … amis perdus !

Régis Boulanger

Régis Boulanger et Nephila clavipes, PK 40 Route de Kaw Guyane Française.